La République démocratique du Congo a inscrit la mine de coltan de Rubaya, l’un des gisements de tantale les plus riches au monde, sur une liste d’actifs stratégiques qu’elle propose aux États-Unis dans le cadre d’un accord de coopération minière stratégique, révèle un document gouvernemental consulté par Reuters.
Présentée lors d’une réunion RDC-États-Unis à Washington le 5 février 2026, cette liste vise à renforcer le partenariat congolais-américain sur les minéraux critiques, un pilier de la stratégie de Kinshasa pour attirer des investissements étrangers dans son secteur minier.
Ce qui rend cette proposition particulièrement controversée, c’est que Rubaya est actuellement contrôlée par le groupe rebelle M23 et sa structure politique affiliée, l’Alliance du Fleuve Congo (AFC), accusés par l’ONU d’exploiter et de taxer la production de
coltan pour financer leurs activités, malgré les sanctions américaines qui frappent ces entités. Dans son rapport publié l’an dernier, les Nations unies ont indiqué que l’occupation de Rubaya par le M23 a favorisé des réseaux de contrebande vers le Rwanda. L’ONU estime que les rebelles percevraient au moins 800 000 dollars par mois à travers les taxes imposées sur la production et le commerce du coltan issue du site.
Selon les estimations citées dans le document, la mine renferme plusieurs milliers de tonnes de coltan avec des concentrations de tantale de 20 à 40 %, ce qui représente environ 15 % de la production mondiale de ce minerai stratégique. Il est utilisé dans des industries allant de l’aérospatiale à l’électronique grand public.
Kinshasa estime qu’il faudrait entre 50 millions et 150 millions de dollars pour relancer et développer la production commerciale de Rubaya, avec un retour sur investissement rapide attendu en raison de la forte demande mondiale de tantale.
Aux États-Unis, cette démarche s’inscrit dans une logique plus vaste de sécurisation des ressources minérales, conçue pour réduire la dépendance à la Chine dans les chaînes d’approvisionnement des métaux critiques. La liste qui a été remise à Washington comprend aussi d’importants projets en lithium (Manono), cuivre-cobalt (complexe Chemaf), germanium-gallium (STL à Lubumbashi), ainsi que des gisements d’or comme Kibali Sud.
Mais l’inclusion de Rubaya dans cette offre stratégique suscite déjà des critiques. Les représentants du M23 ont qualifié le cadre minier de « profondément défectueux » et contestent la logique d’un tel partenariat tant que le conflit persiste sur le terrain. Ils affirment que leur objectif « n’est pas les mines mais la libération de notre peuple », tout en soulignant que le gouvernement congolais ne contrôle pas réellement la zone proposée.
Cette initiative de Kinshasa illustre l’équation complexe entre sécurité, souveraineté et développement économique alors que la RDC, dotée d’un sous-sol parmi les plus riches au monde, tente de positionner ses ressources au centre des nouvelles rivalités géopolitiques pour les métaux critiques
Nervy Kadiebue