La République démocratique du Congo (RDC) fait face à un lourd constat économique : les entreprises publiques ont accumulé environ 5,3 milliards de dollars de pertes entre 2014 et 2023, selon un rapport de la Banque mondiale publié en mars 2026 et consulté par RFI. L’étude met en cause la gouvernance, la situation financière et la performance de sociétés stratégiques comme la SNEL et la REGIDESO.
Ces pertes massives touchent principalement les secteurs de l’énergie , de l’eau et des transports. Plus de deux tiers des entreprises publiques analysées étaient déficitaires en 2023, notamment la SNEL, la REGIDESO, la SNCC, la RVA et l’ONATRA. Pour la Banque mondiale, ces structures ne jouent plus pleinement leur rôle de moteur économique et deviennent au contraire un frein à la croissance.
La fragilité financière du secteur est également préoccupante. La dette des entreprises publiques est passée de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % en 2023, représentant près de 42 % de la dette extérieure publique du pays. La SNEL concentre à elle seule 75% de cet endettement, tandis que plusieurs entreprises survivent grâce à des emprunts destinés à combler leurs déficits de trésorerie plutôt qu’à investir.
Sur le plan des services, les conséquences sont visibles. L’accès à l’électricité reste limité à environ 22 % de la population avec des pertes techniques élevées estimées à 37 % pour la SNEL. Dans le secteur de l’eau, la REGIDESO ne couvre qu’environ 16 % des Congolais avec des performances encore plus faibles en milieu rural et semi-urbain, aggravant les inégalités d’accès aux services essentiels.
Le secteur minier public, pourtant pilier de l’économie congolaise, n’échappe pas à ces difficultés. Des entreprises comme la Gécamines et la MIBA présentent de déséquilibres structurels importants , allant jusqu’à des charges salariales supérieures aux revenus dans certains cas, malgré leur rôle stratégique dans les exportations du pays.
Face à cette situation, la Banque mondiale appelle à des réformes profondes : professionnalisation de la gouvernance, transparence financière, limitation des interférences politiques et clarification du rôle de l’État actionnaire. L’institution de Bretton Woods estime que ces réformes pourraient permettre à la RDC de gagner jusqu’à deux points de croissance potentielle, soulignant l’ampleur du coût économique de l’inaction.
Nervy Kadiebue