Face à une urbanisation devenue exponentielle, la capitale congolaise, Kinshasa, dépasse aujourd’hui les 17 millions d’habitants selon les estimations. Pour répondre à cette pression démographique, les autorités ont engagé un projet inédit d’extension urbaine à l’Est de la ville. Baptisé Kinshasa Kia Mona, le programme se veut bien plus qu’une simple expansion territoriale : il ambitionne de poser les bases d’une ville organisée, moderne et économiquement résiliente, capable d’absorber la croissance et de soutenir l’industrialisation de la mégapole.
Le projet a été officiellement lancé le 22 décembre 2025 par le président Félix Tshisekedi, lors de la pose de la première pierre. Il s’étend sur près de 430 kilomètres carrés dans la commune de Maluku, à environ 25 kilomètres de l’aéroport international de N’Djili et à quelque 60 kilomètres du centre-ville.
Invité du Journal Afrique sur TV5 Monde le 24 février 2026, Thierry Katembwe, coordonnateur principal du Comité stratégique de supervision du Projet d’Extension de la Ville de Kinshasa (CSSPEVK), a tenu à préciser la philosophie de l’initiative : « Ce projet n’est pas un projet immobilier. C’est un développement urbain », a-t-il affirmé.
Santé et industrie comme piliers de départ
Deux composantes structurantes ont été priorisées dès le lancement : une plateforme hospitalière et une cité industrielle. « Nous avons démarré avec un complexe hospitalier… mais il y a aussi la cité industrielle, qui crée un ancrage économique afin de rendre cette nouvelle ville résiliente », a expliqué M. Katembwe.
Pensée comme le moteur économique du projet, la cité industrielle intégrera des unités de production ainsi que des logements destinés aux travailleurs. L’objectif est clair : assurer, dès les premières phases, une dynamique économique capable de soutenir l’expansion urbaine et d’éviter le piège des villes-dortoirs.
Relogement et intégration des populations locales
Concernant le sort des communautés installées dans la zone, le coordonnateur a assuré que les populations affectées seront relogées et, pour une large part, intégrées au tissu économique du projet. « Les populations qui sont dans cette zone sont déjà les premières populations pour ce projet », a-t-il insisté, mettant en avant une approche inclusive.
Sur le plan environnemental, la proximité du fleuve Congo et les risques d’inondations ont été intégrés dans la conception. Des études d’impact environnemental globales ont été réalisées et un plan directeur est en cours de finalisation. Le recours à un jumeau numérique est également prévu afin d’anticiper les défis liés à la mobilité, aux inondations et aux dysfonctionnements urbains.
Un montage financier hors Trésor public
Structuré sur une période de dix ans, le projet est évalué à 44 milliards de dollars. Son financement repose principalement sur des instruments innovants : partenariats public-privé (PPP), mécanismes BOT (Build-Operate-Transfer), crédits export et conventions de collaboration.
« Ce n’est pas financé par le Trésor public directement… l’État congolais joue son rôle régalien », a précisé Thierry Katembwe. L’État intervient ainsi comme garant institutionnel et propriétaire foncier, tandis que la mobilisation des capitaux est assurée par des partenaires privés à travers des mécanismes structurés.
Une réponse à une urgence historique
Interrogé sur la différence avec d’autres projets urbains africains aux résultats contrastés, le coordonnateur a souligné l’urgence de l’initiative. Depuis le plan urbain élaboré à l’indépendance, aucun schéma directeur global n’a été mis en œuvre à grande échelle à Kinshasa, alors que la population est passée d’environ un million d’habitants à plus de 17 millions.
À travers Kinshasa Kia Mona, les autorités entendent corriger des décennies de croissance non planifiée et repositionner la capitale congolaise comme un pôle urbain structuré, compétitif et durable. Plus qu’une extension spatiale, le projet se présente comme une tentative de refondation urbaine, à la croisée des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, dans un contexte où la mégapole ne peut plus se permettre l’improvisation.
Nervy Kadiebue









































